J’ai caché ma danse derrière des meubles en tas / I hid my dance behind a pile of furniture. (FR/ENG)

Un endroit pour l’écriture de Barbara Manzetti 
Prenons un athlète kenyan – pour la fréquence unique de sa course mais aussi parce qu’on n’utilise que très rarement l’athlète kenyan comme outil de démonstration, ce qu’assurément je regrette au regard des formidables potentialités qu’il détient. Prenons donc un athlète kenyan mais saisi de troubles de la mémoire immédiate et qui soudain ne sait plus ce que son corps faisait l’instant d’avant. On peut même l’imaginer changer de sens à intervalles réguliers et inventer de la sorte une course sans fin. À ce moment précis, un spectateur averti croira reconnaître qu’il s’agit là d’un art et plus du tout d’un événement sportif. Pensera peut-être à se faire rembourser son billet, mais hésitera. Car le doute persistera et autour de lui personne ne s’offusquera outre mesure de la durée invraisemblable de l’épreuve. Toute cette histoire continuera de ressembler insolemment à ce qu’elle n’est pas. Un art qui ferait son affaire en douce, caché derrière les apparences d’une compétition sportive – ou d’autres choses selon les contextes. Il aura suffi d’une légère rupture, d’une petite déchirure dans l’ordre des choses, pour qu’un objet en devienne un autre. Pour l’affaire qui nous concerne, on imagine cependant que le coureur finit par franchir la ligne comme dans ces retransmissions de marathons olympiques où un concurrent s’effondre à l’arrivée, mais hors antenne, bien après le vainqueur et même après ce que les conventions nomment, à proprement parler, la course. Il arrive en dehors du cadre. Il représente souvent un pays que nous ne plaçons sur aucune carte. La chose s’est manifestement passée mais en dehors de l’événement qu’elle déborde. L’écriture comme voix sans corps, nous disions donc, mais aussi ici comme espace sans bord. Tout a donc tendance à disparaître, à agir par soustraction pour créer la fameuse forme de livre. (….)
Texte publié dans le Journal des Laboratoires d’Aubervilliers, mai-août 2012


A place for the writing of Barbara Manzetti
Let us take a Kenyan athlete, for the unmatched pace of his race but also because Kenyan athletes are used all too rarely as a tool for a demonstration, which I certainly regret given the amazing potential that they have for it. So, let us take a Kenyan athlete, but one who suffers sudden short-term memory loss and suddenly no longer knows what his body was doing just seconds before. We can even imagine him changing directions regularly, creating a sort of never-ending race. At precisely that moment, an informed spectator understands that it is some kind of art and not a sporting event at all. He’ll think perhaps of asking for his money back, but he hesitates. Because a doubt remains, and around him no one seems overly bothered by how astonishingly long the race is. The entire story will continue to insolently resemble something that it is not. Art that will go about its business secretively, hidden behind the appearance of an athletic event – or something else depending on the context. All it took was a slight rupture, a small tear in the order of things for one object to become another. As for the example that concerns us, we can imagine that our runner does indeed end up crossing the finish line (like in the Olympic marathons shown on television where the athlete collapses as soon as he stops running), but long after the winner does and indeed, after what conventions would call, strictly speaking, the race. He arrives outside of the framework. He often represents a country that we can’t place on any map we know. The thing did indeed take place, but outside of the event, spilling over its boundaries. Writing as a voice without a body, we were saying, but also as a space without boundaries. Everything tends to disappear then, acting by subtraction to create the famous book form.
Text published in Le Journal des Laboratoires d’Aubervilliers, May-August 2012


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